Vous avez dit : « Mutations irréversibles » ?

Publié le par JACQUES GOLIOT

 

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Dans Marianne n° 812 (10-16 novembre 2012), page 68, on peut lire une lettre de lecteur qui vaut son pesant de cacahuètes. Je la reproduis, en marquant les passages ) les plus croquignolets, phrases (en italique) et expressions (soulignées) : 

 

 

« De plus en plus d’économistes mettent en évidence le paradoxe que la lutte, nécessaire, contre un endettement trop important et durable concourt au risque d’aggravation de la récession, ce qui implique de lisser le désendettement dans la durée. Seule une politique vigoureuse en faveur de la compétitivité-qualité donne des chances au retour de la croissance, et donc à la réduction des déficits, mais surtout aide à trouver des réponses à la situation de l’emploi. Ces constats rapides ne sont pas contestés par la majorité des décideurs. Les actions à engager, par leur ampleur, obligent à inscrire les réformes dans le temps. Pour donner du temps au temps, la seule annonce des mesures envisagées ne saurait suffire, il faut proposer un récit qui abandonne le concept de crise, pour aborder celui plus complexe de mutation irréversible, prenant en compte la longue durée. Nous découvrons un monde multipolaire, où les enjeux de puissance articuleront les alliances et détermineront des concurrences économiques, ainsi que de nouvelles visions du monde, avec des conséquences imprévisibles. C’est à cette réalité qu’il faut préparer les populations. Pour affronter les défis de demain, des efforts financiers considérables et des approches économiques nouvelles prenant en compte l’environnement seront indispensables, ainsi que de profondes réformes structurelles, le tout dans un cadre européen adapté. Depuis toujours, pour accompagner et préparer les populations aux grandes mutations, il a été nécessaire de s’appuyer sur des récits qui soient mobilisateurs et qui dépassent une apparente contradiction : inquiéter suffisamment pour faire accepter les réformes et être suffisamment enthousiaste pour ne pas créer la panique. La priorité, aujourd’hui, est à la construction de ce récit lucide et mobilisateur. »

Signature : « @Jean-Marie Tasseel »

 

 

Qui donc est ce Jean-Marie Tasseel ? Le moins qu’on puisse dire est qu’il se la joue sérieux (de chez Sérieux) et il est permis de supposer qu’il envisage de postuler à un poste d’expert pour l’OCDE, le FMI ou l’OMC. 

Un sondage Google renvoie à une entreprise « Tasseel Dominique Jean-Marie » sise à Saint-Mandé (Val-de-Marne), Commerce de détail de produits pharmaceutiques en magasin spécialisé, mais elle n’a sans doute aucun rapport.

 

 

Evidemment, tout n’est pas absurde dans cette lettre, mais le style lui donne une tonalité générale assez hilarante (à mon avis).

Il faut tout de même dire qu’il s’y trouve quelques points discutables, en particulier le fait que « Jean-Marie Tasseel » semble considérer que la situation mondiale actuelle existe pour l’éternité (« mutation irréversible »), ce que personnellement, je ne saurais envisager sans un sentiment de légère inquiétude. Disons qu’il paraît difficile que, si ça continue comme ça, quelque chose ne pète pas quelque part. J’imagine que le concept (sinon la formulation) de « mutation irréversible » existait en Europe dans les années 1900 (à l’époque, c’est le reste du monde qui était endetté vis-à-vis de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni).

 

Je ne suis donc pas certain que « les populations » doivent être préparées par des moyens aussi retors que de « grands récits à la fois inquiétants et enthousiasmants » à s’adapter (« politique de la compétitivité-qualité ») à cette nouvelle donne (je donne acte que JMT n’a pas employé ce lieu commun-ci). Je suppose que c’est ce que voulait faire la bande à Joffrin avec « Vive la crise ! » en 1984* (maintenant ce serait : « Vive la mutation irréversible ! »). 

 

NOTES

Le dessin de Gros qui illustre ce courrier représente François Hollande disant à un adolescent suçant son pouce : « Il était une fois un pays très très très endetté… ».

*1984 : ce qui ne nous rajeunit pas.

 

Publié dans Satire

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