Les braiments d'un "économiste en chef"

Publié le par JACQUES GOLIOT

 

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Référence : Martin Mureenbeld, « Les pays du sud doivent sortir de l’euro », Toronto Post, cité par Courrier International

 

Dans son dernier numéro, Courrier International publie l’article d’un dénommé « Martin », « économiste en chef de la société canadienne d’analyse et de conseil DundeeWealth Ecocomics », pardon  « Economics ».

Le thème général est la nécessité d’une dévaluation pour les pays du sud de la zone euro. Point de vue raisonnable, mais qui s’accompagne de jugements légèrement négatifs sur les pays en question.

Il explique que « de 1957 à 1999, « la monnaie grecque s’était incroyablement dépréciée par rapport au mark (elle avait perdu 96 % de sa valeur). La lire italienne avait abandonné 85 % de sa valeur, et le franc français 75 % ». Bien. Puis il ajoute : « Pourquoi cette dégringolade ? Parce que les gouvernements de ces pays partaient du principe que les électeurs devaient obtenir ce qu’ils voulaient. ». Ils étaient donc démago !

Martin ne fait pas dans le détail. Le fait que la France ait été gouvernée de 1958 à 1969 par un certain Charles de Gaulle compte pour rien. De Gaulle, connais pas ! Du reste, n’a-t-il pas proféré une insanité majeure : « Vive le Québec libre ! » qui prouve qu’il était démago de chez démago. Des événements tels que la guerre d’Algérie, le coup du 13 mai 1958, ou bien mai 68 et son propre 13 mai, ne sont que roupie de sansonnet. Le moins qu’on puisse dire est que du point de vue des relations gouvernants-gouvernés, mai 68 n’atteste pas vraiment de la démagogie des gouvernants. Bien entendu, ceux-ci auraient pu rétablir l’ordre à peu de frais en tirant dans le tas : ils ne l’ont pas fait, cela prouve incontestablement qu’ils n’avaient pas de couilles au cul. Si seulement Martin avait été au pouvoir !

Martin a du reste le museau au ras des pâquerettes : il voit la dévaluation des monnaies française, italienne et grecque, mais il ignore, apparemment, que malgré cela, les PIB correspondants n’ont pas évolué de la même façon : le PIB de la France, par exemple, n’a pas régressé de 75 % relativement au PIB allemand dans la période considérée, ni le PIB italien de 85 %. Mais c’est un point de détail.

Ensuite, Martin explique (car il n’est pas bête) qu’après 1999 (début de l’euro), il n’était plus possible à ces pays de dévaluer : pourtant « ils n’ont pas changé de comportement ». Donc, pour rétablir la compétitivité après 13 ans de démagogie, il faudrait procéder à une « dévaluation interne » qu’il décrit en détail, avec une certaine délectation : « une dévaluation interne implique de travailler deux fois plus dur et d’être deux fois plus productif pour un salaire inférieur de moitié. Cela signifie dégraisser le secteur public, ne pas respecter les engagements en matière de paiement des retraites, tailler dans la protection sociale, réformer le code du travail, restreindre le rôle des syndicats, prélever davantage d’impôt sur le revenu… » N’arrête pas, Martin, Martin, Martin, Martin, fais-nous mal ! « Parce qu’elle commence inévitablement par une montée en flèche du chômage, la dévaluation externe est extrêmement impopulaire. » Extrêmement. Sauf, en principe, chez les clients de DundeeWealth Ecocomics !

On sent qu’il a le fusil chargé, le canon dressé, les réserves de munitions bourrées jusqu’à la gueule, le doigt sur la gâchette. La suite est décevante : Martin consent à laisser les pays du sud aller paître dans les pâturages de la facilité en sortant de l’euro (ou en gardant l’euro, mais c’est l’Allemagne et ses copains, les beaux étalons de race, qui s’en vont).

 

Merci, Martin !

 

Notes explicatives :

*en ce qui concerne la dévaluation, je suis le point de vue exprimé par Jacques Sapir dans son livre Faut-il sortir de l'euro ?, Le Seuil, 2012.

*pour les étudiants de Sciences Po', dont la culture générale est faible, je signale que je file une métaphore autour d'un concept folklorique plus ou moins connu, celui de l'Âne Martin (cité, entre autres, par Jean-Luc Godard dans son film Le Mépris)

*la phrase : Martin, Martin, Martin, Martin, fais-nous mal est une référence à une chanson de Boris Vian : Fais-moi mal, Johnny, interprétée notamment par Magali Noël.

Publié dans Satire

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