Journalisme à la française

Publié le par JACQUES GOLIOT

 

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On peut classer les journalistes exerçant en France selon différents critères : hommes/femmes, compétents/incompétents, sympathiques/antipathiques, antilibéraux/stupides, français/étrangers, à la française/… à la française/à la … à la quoi ? Que peuvent bien être les journalistes qui ne sont pas « à la française » ?

Il faudrait d’abord savoir ce qu’est un journaliste à la française. Un exemple intéressant (un exemple vaut mieux qu’un long discours, chacun le sait) : celui de Laurent Valdiguié dans le Journal du Dimanche de ce jour (11 mars 2012). 

 

Laurent Valdiguié signe un article (p. 20) : « Alésia la guerre continue ». 

Il nous « informe » 

1) de l’ouverture d’un parc historique sur Alésia à Alise-Sainte-Reine (Côte d’Or) 

2) que le site d’Alise-Sainte-Reine est fortement contesté au profit de Chaux (Jura). 

En réalité, l’article est écrit de façon à mettre en valeur le site de Chaux et discréditer le site d’Alise-Ste-Reine : topographie, fouilles, Jules César, tout montre qu’Alésia, c’est Chaux, et qu’Alise-Ste-Reine va prendre froid : « un désastre économique en perspective » nous dit-il. Le conseil général de Côte-d’Or a en effet dépensé 52 millions. Or « qui irait visiter un site sur Verdun situé en Ardèche ? ». L’Ardèche est à 700 km de Verdun, Alise-Ste-Reine à 150 de Chaux, mais on n’est pas à 500 bornes près… 

Que peut-on dire de ce texte ?

1) qu’il occupe 2/3 de pages avec de la non-information ; personne n’avait besoin de savoir que ce parc historique ouvrait : il suffit qu’il soit connu des gens qui vivent ou passent en Côte-d’Or

2) que, parlant de ce dont il n’avait pas lieu parler, il opte pour la démolition systématique. 

Or, qu'est-ce que cela peut nous faire, qu’est-ce que cela peut faire à ce journaliste qu’Alise-Ste-Reine ne soit pas le vrai site d’Alésia ? Qu’est-ce que cela peut faire à la vérité historique que ce parc soit installé dans un lieu controversé ? Que signifie aller interviewer une historienne partisane de Chaux, alors qu’elle n’a pas son propre parc historique à défendre ?

Un journaliste à la française, c’est donc, entre autres peccadilles, un journaliste qui traite un non-sujet de façon à être aussi nuisible que possible, soi-disant au nom d’une vérité supérieure (alors qu’il n’y a que des doutes), en réalité en vertu du « scandale » qu’il subodore, de la « polémique » qu’il voit d’autant plus pointer au dessus de l’horizon qu'il l'a lui-même suscitée, probablement sans même avoir conscience de ce qu’il faisait. 

 

 

Note : dans le même numéro, article sur l'imposition de l'uniforme dans l'internat d'excellence de Sandrun. La journaliste nous dit que : "avant 1968, tout le monde portait une blouse dans le primaire et le secondaire". Ravi de l'apprendre, mais de 1961 à 1968, au lycée Clemenceau, à Nantes, nous n'étions certainement pas obligés de porter une blouse...

Autre exemple de journalisme à la française : prendre ses représentations pour des réalités et prétendre mieux savoir que les gens ce qu'ils ont vécu.

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