Haro sur les livreurs de pizze !

Publié le par JACQUES GOLIOT

 

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Haro sur les livreurs de pizze  !

Quelques points de linguistique appliquée à l'usage des jeunes générations médiatiques


 

Scénario

Je partirai d’un exemple concret, récent (lundi 19 novembre 2012, France Culture, journal de 12 h 30) : le correspondant à Tel-Aviv évoque « deux scenarii possibles » (en insistant nettement sur le « hi-hi ») pour la suite du conflit entre Israël et le Hamas.

 

Question : Pourquoi dire « scenarii » et non pas « scénarios » ? Cela relève d’un certain pédantisme qui ne paraît être d’aucune utilité. Il ne viendrait à l’esprit de personne de parler de « livreurs de pizze ». C’est d’autant plus inapproprié, en l’occurrence, qu’en italien, 

1) le pluriel de « scenario » est « scenari » et non pas « scenarii », et 

2) « scenario »  signifie en priorité « décor », tandis que le mot prioritaire pour « scénario » est « scenegiattura ».

 

Cette espèce de snobisme s’exerce de différentes façons dans le domaine du traitement des langues étrangères.

Une autre erreur récurrente est que nombre de journalistes prononcent des noms transcrits du cyrillique non pas selon les conventions françaises, mais selon des conventions étrangères inappropriées.

 

Timochenko

C’est ainsi que Ioulia Timochenko, dont le nom selon la graphie cyrillique est Юлія Тимошенко, est gratifiée par certains « French speakers » de la prononciation « Timotchenko ». Pour quelle raison ? Bien évidemment parce qu’ils supposent que ce « ch » doit être lu comme en anglais ! Pour prouver leur bonne connaissance de l'anglais ! Acquise à grand peine à Sciences Po !

En l’occurrence, en anglais, le nom de Ioulia Timochenko est transcrit « Timoshenko », marquant clairement qu’on a affaire au son de « chat » ou de « shampooing » et nom pas à celui de « Che Guevara ». C’est-à-dire qu’il suffisait, pour « avoir bon » et réussir le Grand Oral, de lire le « ch » de « Timochenko » comme on fait dans 99,9 % des cas en français. Pédants ! Grimauds de collège !

 

Soljenitsyne

Une autre victime de ce phénomène est Alexandre Soljenitsyne, dont le nom est parfois prononcé « Solyenitsyne » (par exemple par Yean-Noël Yeanneney dans une émission sur France Culture il y a quelques années). Ce n’est pas l’anglais qui est ici responsable (on ne dit pas « Soldjenitsyne »), mais l’allemand (ainsi que plusieurs langues slaves à graphie latine), où le « j » est prononcé « y » (semi-consonne, comme dans « yéyé »).

Eh bien, non ! Il faut prononcer « Solgenitsyne », il s'agit d'un « j »  parfaitement français correspondant à la lettre russe « ж », comme dans « Jitomir », « Le docteur Jivago » (flûte, ce ne sont pas de très bons exemples), comme dans « Jean », « Jacques », mais aussi « jaja », « jojo », « jujube », « je le jure », etc. etc. En anglais, on écrit « Solzhenitsyn », en allemand "« Solschenizyn » (cette transcription est un peu moins bonne). 

 

D'une façon générale, il existe un ouvrage consacré à ce sujet, La prononciation des langues européennes, de Pierre Maës, CFPJ, 1993, malheureusement méconnu des journalistes pour qui il a pourtant été écrit. 

 

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