A propos d'une phrase de Joseph Stiglitz (1/11/12)

Publié le par JACQUES GOLIOT

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Dans Le Nouvel Observateur en cours (1° novembre 2012, n° 2504), interview de Joseph Stiglitz par Jean-Gabriel Fredet, tout à fait raisonnable à mon avis (l’interview) …

 

Un reproche cependant, à propos du passage

« Fredet. Cette obsession de la rigueur, du redressement des comptes publics est due à l’intransigeance allemande.

Stiglitz. L’Allemagne a oublié les leçons des années 1930 ; quand l’obsession de l’équilibre budgétaire a aggravé la dépression qui a finalement débouché sur la guerre. »

 

Certes.

Il me semble cependant que Joseph saute un épisode plutôt crucial : l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933. C’est cela que la crise économique a amené directement, la guerre n’est advenue que comme une conséquence plus lointaine (1939), après que la crise ait été résorbée, en contrepartie de gros dégâts collatéraux…

 

Malgré tout, ce que dit Stiglitz n’est pas faux dans l’ensemble.

Alors que parfois on trouve sous la plume de journalistes l’énoncé totalement inepte selon lequel les Allemands sont contre l’inflation parce qu’Hitler a été porté au pouvoir par l’hyperinflation ! Hyperinflation qui date de 1923, liée à des circonstances très particulières (l’occupation de la Ruhr par la France), tandis que la crise (1930-1932) qui a porté Hitler au pouvoir (le 30 janvier 1933) est une crise massive de chômage, et sur le plan monétaire, une crise de déflation.

 

Il semblerait (mais je n’ai pas la référence) que le mythe « hyperinflation>Hitler au pouvoir » a été cautionné par la BuBa dans les années 1950 pour justifier une politique du mark fort ; ça paraît difficile à croire.

D’une façon générale, les Allemands ont un problème avec la monnaie (paiements très élevés en liquide, retard dans l’utilisation de la carte bancaire dans les années 1990) et sont probablement disposés à un comportement « constipé » (« vertueux »), donc à s’enthousiasmer, soi-disant, pour les politiques économiques de répression (d’eux-mêmes sous Schröder, des autres sous Merkel). Disons plutôt : à tolérer leur propre répression (c'est pour notre bien) et à s'enthousiasmer pour celle des autres (c'est pour notre bien aussi)...

 

Conclusion

Voilà ce que c'est, mon vieux Joseph, que d'avoir mal appris sa leçon d'histoire : on commence par parler d'Hitler et on débouche sur de la germanophobie !

 

 

 

 

Publié dans Personnalités

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